d’Ismaël à Israël

Pour Denise Torgemane, en hommage amical

   Le duel engagé depuis quatre mille ans autour de la Palestine entre l’homme de la steppe et celui de la cité est aussi un conflit culturel entre des valeurs divergentes, celles qui relèvent de la nature et celles acquises par l’histoire.

Dans leur revanche immémoriale de la Terre promise, les Arabes luttent pour en conquérir les promesses dont elle est le symbole : lait et miel de l’ère nomade, biens messianiques des prophéties bibliques, science technique des temps modernes.

Mais l’Histoire ne se réduit pas à un amas d’éléments physiques, quantitatifs et culturels désarticulés et privés de sens. Saisir sous les dialectiques de l’Histoire le conflit des symboles et sous l’enveloppe charnelle des destins le dessein de l’Esprit, pour découvrir dans le désert des Mahométans et de l’Exode hébraïque, les vestiges, les relais, les signaux qui annoncent une Terre nouvelle : tel est le projet que nous devons engager qui prendrait alors la forme d’une méditation sur Ismaël et Israël, deux témoins pathétiques, contradictoires et préfiguratifs du même Christ crucifié et descendu aux enfers. Cette réflexion conduit vers celle qui s’interroge sur le destin des Arabes, témoins de l’enfance du monde.

Gérard Leroy, le 10 mai 2024

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Jérusalem, carrefour des monothéismes

Pour Gabriel Setruk et Pierre Guigui, en hommage amical

   Les Judéens envoyés en exil cultivaient la nostalgie du retour. Convaincus par le prophète Ézéchiel, la diaspora accordait à la Jérusalem d’en-haut plus d’importance qu’à la Jérusalem d’en-bas, toujours fragile et exposée aux invasions meurtrières.

La Jérusalem terrestre préfigure la Jérusalem céleste, où Dieu sera tout en tous. Les pierres sacrées de la vieille ville renvoient à cette Jérusalem d’en-haut faite de pierres vivantes. Suite à sa destruction par les Mèdes, puis une seconde fois par le Romain Titus en l’an 70, Jérusalem a revêtu une importance symbolique décisive. Dans la symbolique du judaïsme Jérusalem est la Cité de Dieu, comme l’a vue saint Augustin, la Montagne sainte. Son Temple cimente la communauté juive.

Jérusalem sera toujours le symbole de la tension entre la cité terrestre, faite de main d’homme, et la cité céleste, qui vient d’en haut. Promesse de l’unité à venir de tous les enfants d’Abraham, elle est, aujourd’hui, au cœur d’une tension féconde entre l’Orient et l’Occident. En observant tous les regards des enfants d’Abraham se tourner vers la ville sainte, on peut parler d’un « œcuménisme pèlerin ».

C’est à Jérusalem que se situe le tombeau de Jésus de Nazareth, vide depuis sa Résurrection qui atteste l’irruption de l’inconditionné divin dans l’histoire. C’est là que naît la première communauté chrétienne. Jérusalem joue encore un rôle essentiel dans le symbolisme de l’islam. Au temps de la dynastie des Omeyyades, au VIIIe siècle, elle est la troisième des villes saintes, après La Mecque et Médine. Les califes Omeyyades y construiront le Dôme du Rocher, en 691, d’où l’on fait partir le voyage nocturne du Prophète qu’évoque la Sourate 17, et c’est là que sera construite, au début du VIIIe siècle, la Mosquée Al-Aqsa.

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La vague de nouvelles religiosités

Pour Nicole Cathala, en hommage amical

   Le pluralisme religieux aura été le grand défi pour la théologie et pour la mission de l’Eglise au cours du XXe siècle, véhiculant de nouvelles religiosités qui se multiplient un peu partout, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, tandis que les grandes religions du monde connaissent un regain de vitalité. Cette nouvelle conscience du pluralisme est en lien étroit avec le processus de mondialisation qui affecte toutes nos sociétés.

Grâce à un réseau de communication toujours plus performant, on assiste à l’émergence d’un super-marché du religieux qui propose à des consommateurs toujours plus nombreux les produits multiples des religions vivantes et des diverses traditions ésotériques en matière de mythes, de croyances, de pratiques, de secrets initiatiques, de techniques de guérison de l’âme et du corps. Cet engouement pour le religieux dans tous ses états coïncide avec le discrédit des idéologies et des utopies, voire du scientisme. L’inculture ambiante favorise un bricolage souvent étrange entre des croyances et des pratiques détachées de leurs lieux d’origine. Les croyances sont flottantes et leurs frontières deviennent si fluides qu’elles peuvent coexister et même fusionner sans égard pour leur hétérogénéité.

    Le pluralisme religieux apparaît toujours comme le grand défi pour la théologie et pour la mission de l’Eglise en ce XXIe siècle. Aussi s’impose la distinction des nouvelles religiosités qui se multiplient. Si la modernité reste marquée par la sécularisation, elle est paradoxalement placée sous le signe du retour à la question du sens. Il y a, comme inscrit au cœur de l’homme, une quête incoercible de sacré. C’est dans la tension de ce paradoxe que surgissent de nouveaux courants, ésotériques, plus ou moins sectaires. La « nébuleuse mystique ésotérique »(1) au sein de laquelle les croyances se mêlent aux techniques corporelles et aux psychothérapies, témoigne du déracinement de l'homme moderne qui cherche une certaine forme de salut individuel dans l'irrationnel et à travers la quête d'un sacré sauvage.

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