L’évolution récente de l’islamisme

Pour Anne et Stephane Murcia, pour Jackie et Louis Dolcemascolo, pour Roland Covarel et les Bellanger, en hommage amical

   Remontons au 30 septembre 2005, quand la commission Stasi légalise l’interdiction des signes religieux à l’école. Théo Van Gogh vient d’être assassiné par un islamiste. Un quotidien danois publie des caricatures du prophète. Certains gouvernements du Moyen-Orient soutiennent les islamistes danois. Tandis qu’à Téhéran le provocateur Mahmud Ahmadinejad propose de rayer Israël de la carte, surviennent les événements de Clichy-Montfermeil,

La 3ème génération de l’islam de France émerge à ce moment-là. Elle inaugure la période d’incubation des attentats, qui durera jusqu’en 2012, début de l’éruption.

1) En cette année 2005 on ne fait guère de cas de la mise en ligne d’un ouvrage essentiel, diffusé sur les réseaux sociaux, Appel à la résistance islamique mondiale, de Abu Moussab al-Suri, qui théorise le terrorisme contre l’Occident et prend la jeunesse mal intégrée issue de l’immigration comme son instrument.

Les médias repassent en boucle le drame de deux adolescents réfugiés dans un transformateur et électrocutés, à Clichy-sous-Bois, en octobre 2005. On assiste à des incendies d’infrastructures publiques, de cités, d’écoles etc. La population bascule dans la peur et l’indignation.

Pourquoi ces actes de vandalisme ? La cause principale est l’intrusion policière dans la mosquée de Clichy sous Bois, le 30 octobre, un soir de Ramadan. Les jeunes musulmans se révoltent, car l’honneur bafoué de leurs parents les atteint dans le tréfonds de leur dignité. Ce qui a tout dynamité, c’est l’agression de la mosquée. Les jeunes se sont dits qu’aujourd’hui un musulman ne vaut rien. C’est alors que l’islam intégral offre une solution attractive et déclenche un pic de conversions. Des jeunes européens partent se former ailleurs (M. Merah).

2) Aux législatives de 2012, une demi-douzaine de candidats issus de l’immigration post-coloniale et d’ascendance musulmane sont élus au Parlement. La mouvance islamiste radicale amorce sa mutation, sous l’influence de l’ouvrage du Syrien al-Suri. Celui-ci substitue à l’organisation pyramidale d’Al Qaida, dirigée par Oussama Ben Laden, une approche inédite. Reposant sur un modèle réticulaire, elle privilégie l’Europe comme cible et cherche ses relais parmi les jeunes musulmans européens.

Qui sont ces jeunes ? Des déracinés, sans attaches, paumés, qui manquent de repères, endurent l’exclusion, à la fois sociale et culturelle, bref, qui souffrent d’un vrai malaise identitaire. En devenant djihadistes ils passeront d’une stigmatisation subie à une dissidence choisie.

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Comment Mahomet comprend sa légitimité

Pour les Janier, avec notre reconnaissance

   Hors du cercle étroit des scripturaires, a surgi un personnage, ni juif, ni chrétien, et qui pourtant est authentiquement abrahamique.

Selon la tradition Yavhiste(1) du Livre de la Genèse, Sara, l’épouse d’Abraham que l’âge a rendue stérile, livre sa servante Hagar à son mari pour assurer sa descendance. Cette pratique est admise par le droit mésopotamien, le Code d’Hammurabi ayant prévu cette situation qui reconnaît le droit à l’héritage de l’enfant issu d’une esclave(2). Pendant la gestation d’Hagar, Sara est miraculeusement enceinte, rongée par la jalousie renforcée par l’attention que porte Abraham à Hagar.

La Tradition élohiste (3) (Gn 20) raconte que les deux enfants, Isaac, fils de Sara, et Ismaël, nouveau-né de Hagar, jouent ensemble. La susceptible Sara, excédée, exige d’Abraham le renvoi de la servante, afin que « le fils de Hagar n’hérite pas avec mon fils Isaac » (Gn 21).

Ce que femme veut… Abraham renvoie donc Hagar et son fils. Dans le désert de Bersabée l’enfant a soif, pleure, et crie. Le récit Yavhiste raconte qu’un ange vient à l’aide de Hagar, et promet à Ismaël une innombrable descendance « car c’est de lui que je ferai un grand peuple car il est de ta race » (Gn 21, 18).

Ismaël a été exclu. Mahomet l’est aussi, depuis La Mecque jusqu'à Médine. Mahomet, qui n’ignore pas l’Ancien Testament, y perçoit le thème de l’opposition entre élus et exclus. C’est à ce stade que se situe le conflit entre Mahomet et les gens du Livre. Selon les Juifs, Mahomet est le type même du rejeté, de l’exclu. Et le type même de l’exclu c’est Ismaël(4). Voilà qui a été décisif sur la psychologie de Mahomet. Convaincu que son destin rejoint celui d’Ismaël, Mahomet fait de son exclusion un destin. L’exclusion dont il est l’objet de la part des juifs l’identifie à Ismaël, fils d’Abraham. Mahomet découvre alors le témoignage irrécusable de sa légitimité. Fils d’Ismaël, le voilà fils d’Abraham !

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Que fait l’Église dans le dialogue inter-religieux

Pour Yves Giorello, en hommage amical

   L’émergence de nouvelles religiosités et de nouvelles communautés chrétiennes ne doit pas nous faire oublier le défi permanent des grandes religions historiques comme  l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam.

Non seulement elles maintiennent leur emprise sur leurs fidèles, mais elles recrutent de nouveaux adeptes sur le territoire de l’ancienne chrétienté. Le pouvoir des médias, la rapidité de la communication et le nouveau flux migratoire des populations ont modifié l’ancienne carte missionnaire du monde. L’Europe compte déjà plus de 15 millions de musulmans et l’Amérique du Nord découvre avec ferveur la sagesse des grandes religions de l’Orient. À l’heure de la mondialisation, nos sociétés sont de plus en plus multi-culturelles et pluri-religieuses.

    Il s’agit d’une véritable révolution dans l’histoire religieuse de l’humanité et on ne dira jamais assez la chance que représente la nouveauté du dialogue interr-eligieux pour la communauté mondiale à l’aube du troisième millénaire. À cet égard, l’Eglise catholique qui témoignait d’un exclusivisme religieux intransigeant a joué un rôle de pionnier. Le concile de Vatican II représente une mutation sans précédent envers ceux que l’on désignait encore comme les païens. L’Eglise encourage désormais une attitude de respect et d’estime à l’égard des autres religions du monde et la théologie récente des religions est désormais en faveur de la reconnaissance des autres traditions religieuses comme voies possibles de salut.

Voilà qui modifie les formes de la mission de l’Eglise et de l’annonce de la Parole de Dieu à tous ceux qui appartiennent aux religions non chrétiennes.

Gérard Leroy, le 6 décembre 2024

cf. G. Leroy, Le salut au-delà des frontières, Ed. Salvator

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