Le coup de pouce d'Eusèbe au césaropapisme

  Pour Aurélie Lebouc, que j’embrasse affectueusement

Eusèbe avait fait ses études à Tyr, pendant qu’éclataient les grandes persécutions de Dioclétien, en 303, avant d’être formé à Césarée. C’est là qu’il recueille tous les manuscrits dispersés qui lui passent par les mains pour organiser une des plus riches bibliothèques de l’Antiquité, en tout cas la plus importante de celles qui rassemblent les transcriptions des écrits chrétiens. Eusèbe élabore une précieuse méthode exégétique. À Césarée il rédige une Apologie d’Origène. Un seul de ces six livres nous est connu. 

 

Pour avoir accueilli Arius, Eusèbe est à son tour frappé d’excommunication. Les thèses d’Arius, ce prêtre présenté comme un brillant prédicateur, ont été condamnées une première fois au concile d’Alexandrie en 314, entraînant l’excommunication de son auteur qui, à force de vouloir préserver l’unicité divine du Père, s’est attaché à proclamer la non-divinité du Fils.

 

Ses positions valent à Eusèbe une courte incarcération en Égypte, où il bénéficie, dit-on, d’un régime de faveur. Eusèbe recherche surtout l’apaisement, la conciliation, et penche plus pour la négociation des idées que pour la condamnation. Il s’oppose aux violentes propagandes anti-chrétiennes qu’attisent les philosophes, comme le néo-platonicien Porphyre. Il dénonce le retour au paganisme et particulièrement la gnose.

 

À Nicée, Eusèbe dispose de la possibilité de s’amender. Si bien qu’il se retrouve dans le camp des modérés, plus soucieux de l’unité de l’Église qu’enclin au travail qu’exige la précision dogmatique. Devant les Pères du Concile, il tente de justifier sa position, et se rallie aux décisions conciliaires avec un grand désir de conciliation. L’intransigeance d’Athanase ne facilite pas sa démarche, dont la profession de foi reconnaît bien le Christ consubstantiel au Père, Vrai Dieu né du Vrai Dieu, mais ajoutant des nuances qui freinent la levée de l‘excommunication que les Pères finiront par accorder.

 

Eusèbe de Césarée, mémoire de l’Église  

 

La plupart des informations que nous possédons sur cette période, qui couvre le dernier tiers du IIIe siècle et le premier tiers du IVe siècle, c’est à Eusèbe de Césarée que nous les devons.

 

Homme charnière, plus apologiste que théologien, savant pasteur, l’évêque de Césarée est en fait le premier véritable historien de l’Église. Sa célèbre Histoire ecclésiastique rendue en dix livres, sera terminée en 325. Elle couvre la période qui va de la fondation de l’Église à la victoire de Constantin sur Licinius en 324. 

 

Eusèbe est un des évêques les plus réputés de son temps. Biographe de l’empereur Constantin, ses discours, toujours remarqués, s’inscrivent dans la théologie politique. Le discours qu’il prononça le 25 juillet 336 est précisément un véritable exposé de théologie politique, justifiant l’empereur et l’Empire chrétien, qui repose sur sa conception de la personne du Christ et de son rôle. Il ne s’étend pas sur la royauté du Père, celle-ci s’exerce par l’intermédiaire de son Verbe, le Logos, qui dirige le monde.

 

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