Pour mes deux Bernard, Kouchner et Touchot, que j’embrasse affectueusement
“Comme elles tombent bien...
Dans ce trajet si court de la branche à la terre
Comme elles savent mettre une beauté dernière,
Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
Veulent que cette chute ait la grâce d'un vol”
Ces vers de Rostand, il nous arrivait souvent de les envoyer, dès nos premières foulées, dans l’attente excitée d’en entendre la suite tout le long du pourtour de ce jardin délicieux qu’est le Jardin du Luxembourg.
Dans la douce tiédeur d’un matin d’automne le jardin du Luxembourg accueille ces pantins désarticulés qui accumulent les tours. Chacun a surgi d’on ne sait où si ce n’est de chez lui, prenant toujours le train des coureurs en marche. Tout un rituel s’instaure, dont vous apprenez patiemment les codes, en premier celui de mettre un nom sur un visage nouveau.
Depuis des temps qu’on ignore, l’habitude est prise de traverser les “matins blêmes” sur tous les tons, celui de la confidence, ou de la provocation, en riant, en exultant. Des cris d’enfants nous font écho. L’aube une fois levée, les rires se font plus perçants. Des dames qu’on verrait bien en crinolines, poussent le landau, ralentissant le pas en croisant une consœur. On s’extasie en chœur sur les bout-de-chou. La troupe des coureurs s’oriente soudain, comme un essaim, vers le bassin qu’entourent ces chaises fabriquées sur mesure pour les amateurs de siestes, que d’élégantes vieilles dames ne se disputeront pas. Car il est encore tôt.