Pour ma petite-fille Madeleine, que j’embrasse fort

   Il y eut bien une Magdeleine Robin, cousine de Cyrano ; ou bien encore une Madeleine Albright secrétaire d'État américaine démocrate. Mais ouvrons plutôt l’Évangile, où se cache parfois, serti comme un joyau dans sa trame délicate, un personnage mystérieux : Marie-Madeleine.

12 bonshommes accompagnent Jésus, auprès desquels se trouve une certaine Marie, de Magdala. Celle-ci tire son nom de sa ville d’origine : Magdala, située à deux pas du Lac de Tibériade.

Cette Marie-Madeleine était d’une famille d’aristocrates appartenant au cercle intérieur de la cour d’Hérode Antipas. Elle devait s’y trouver lorsque le tétrarque fit amener sous bonne garde le cousin de Jésus, Jean-Baptiste, emprisonné à Machéronte pour avoir vertement critiqué le couple illégitime formé par Hérode et la femme de son frère Philippe, Hérodiade. L’élitisme de Marie-Madeleine dut lui paraître peu de chose devant la voix inspirée de celui qui « était venu parler dans le désert » (Isaïe). La conversion de Madeleine date probablement de cette séquence.

Saint Luc nous la dépeint plutôt comme une femme d'abord pècheresse avant d’apporter à Jésus, alors attablé chez Siméon le Pharisien, un vase de parfum, arrosant les pieds de Jésus de ses larmes mêlées au parfum. Elle les essuya ensuite avec ses cheveux. Puis couvrit les pieds de Jésus de ses baisers (Lc 7, 37-38). Cela se passait à Béthanie, 6 jours avant la Pâque.

Ce geste fait mémoire du pardon qu’elle reçût de Jésus. Cette onction sur les pieds est un signe réservé aux riches maisons, comme à Athènes, ou comme à Rome où le futur empereur Othon enseigna cet usage à Néron. La valeur de ce parfum s’élevait à 300 journées de travail d’un ouvrier des champs.

Celle que Saint Jean identifie à la sœur de Marthe et de Lazare se rend au matin de Pâques près du tombeau. Elle en revient en criant aux disciples qui s’étaient enfermés par peur des représailles : « Où l’avez-vous mis ? » Pierre et Jean s’en vont vérifier ces « paroles de bonnes femmes » (Luc). Marie-Madeleine les suit, de loin. La nuit est propice à l’intériorisation des mystères. Se dresse alors devant elle une sorte de silhouette qui l’appelle par son nom. « Ne me touche pas » ajoute-t-il. Elle reconnaît son Maître. Jésus ressuscité libère ses larmes de détresse.

Quelle que soit l’épaisseur de la muraille de nos incertitudes, gardons-nous des lumières factices de la vie. La lumière du Verbe qu’aimait sans doute en secret Madeleine, elle, ne cesse de briller. Pour chacun de nous.

Gérard Leroy, le 26 juin 2026