Pour Edwige, Marie, Fr. Charles, Robert Jeandenans, Pasteur Philippe
Le cardinal Koovakad, préfet du Dicastère pour le dialogue interreligieux, a ouvert mardi 4 août le premier colloque officiel chrétien-confucéen, à Séoul. Cette première rencontre a été organisée à l’Université catholique en collaboration avec l’Académie confucéenne coréenne Sungkyunkwan.
Sur le thème "Dialogue sur la contribution du christianisme et du confucianisme à une société idéale » les deux parties ont exprimé l’une des aspirations les plus profondes de l’humanité : construire des sociétés pacifiques, inclusives et solidaires capables de bâtir un monde plus juste, plus harmonieux et plus riche de compassion.
« Ciel nouveau, terre nouvelle et Datong » (Grande Unité), des chercheurs confucéens et catholiques, des représentants religieux et des acteurs du dialogue sont venus de divers pays échanger leurs points de vue. Le Datong confucéen et la vision chrétienne des cieux nouveaux sont deux « communautés appelées à faire face à de profondes crises sociales, politiques et morales». Les deux traditions ont été ré-interprétées de manière créative pour tracer un horizon d’espérance par delà l’incertitude et les tsunamis qui bouleversent le monde d’aujourd’hui .
Qui est Confucius ? Cet homme a surgi pendant la période tumultueuse des États combattants (vers 475). Le confucianisme s’est développé jusqu'à 221 av. J.-C. succédant au royaume Tchéou. Sept royaumes se sont disputés le territoire du pays avant l'unification de la Chine. Dans le chapitre sur l’évolution des rites, la vision confucéenne s’exprime à travers l’image de l’époque marquée par la Grande Voie (Tao te King, La voie et sa vertu) qui a donné naissance au Datong, une société régie et unie par des valeurs éthiques, la justice et le bien commun. La vision intégrée de la droiture englobe la formation personnelle, les relations humaines et la bonne gouvernance. L’idéal du Datong propose donc «un horizon socio-moral et esthétique fondé sur la relationnalité, la responsabilité et le bien commun, reconnaissant l’humanité comme une communauté interconnectée, dont le bien-être dépend de la solidarité réciproque»,
Côté chrétien le Livre de l’Apocalypse, propose une nouvelle espérance à travers une lecture renouvelée des promesses prophétiques d’Israël à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ. Au point culminant de sa vision, st Jean annonce la venue d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où Dieu habite parmi les hommes, et renouvelle la création dans la justice, la paix et la communion. C’est l’accomplissement définitif du dessein salvifique de Dieu. Jean veut rassurer en affirmant que l’oppression, la violence et la mort: « n’auront pas le dernier mot ». Le projet de Dieu ne concerne pas seulement le salut des individus, mais la réconciliation de toutes choses et la transfiguration complète de la création.
L’espérance chrétienne d’un Ciel nouveau et d’une Terre nouvelle et l’engagement confucéen en faveur du Datong expriment une même vision qui rejette l’idée que la fragmentation, l’égoïsme et l’oppression soient inévitables. Tous deux imaginent un monde fondé sur la justice, l’harmonie et l’épanouissement plein et entier de la personne humaine.
Si pour le christianisme, « le renouveau de l’humanité et de la création trouve son fondement dans l’action rédemptrice de Dieu à travers le Christ », pour le confucianisme « l’harmonie ne naît pas de la rédemption divine, mais de la formation morale de la personne, de la direction de dirigeants vertueux, de l’éducation aux rites et de l’ordre éthique des relations humaines ».
Si la morale chrétienne est enracinée dans la participation à la vie du Dieu saint, quelle est la motivation la plus profonde de l’action éthique dans la tradition confucéenne ? La culture de soi ? Le bien de la société ? La fidélité au Ciel ? Ou bien la reconnaissance d’un bien intrinsèque ?. La préservation de ces différences, permet à chaque tradition d’interroger, d’enrichir et d’élargir l’horizon de l’autre.
Les religions sont convoquées pour mettre à disposition leur sagesse éthique et spirituelle en vue d’édifier une société juste et authentiquement humaine, en favorisant le renouveau moral, l’harmonie sociale et le plein épanouissement de la famille humaine.
Ce premier colloque chrétien-confucéen est une étape importante pour le dialogue inter-religieux. Il devrait servir de modèle pour les futures rencontres. Il s’agit en effet d’«un nouveau chapitre dans les relations inter-confessionnelles (en dépit de ce que le confucianisme ne soit pas une religion) et d’un horizon plus large de dialogue, d’apprentissage mutuel et de collaboration au service de l’humanité, ainsi que d’une étape décisive non seulement pour les relations entre chrétiens et confucéens, mais pour l’ensemble du cheminement du dialogue inter-religieux.
Gérard Leroy, le 21 août 2026
Nota : La Chine archaïque a débouché sur le royaume Tchéou qui s’affaiblit vers 480 avt J.C. pour laisser place aux Royaumes combattants jusqu’à la fin du IIe siècle avt J.C. D’importants royaumes se sont ensuite succédé, celui des Tch’in, très court, puis des Han de 206 avant notre ère jusqu’à 207 après, soit 4 siècles. On s’accorde à faire naître Confucius en 551 avt J.C., et à dater sa mort en 479, à plus de 70 ans. Confucius est la forme latinisée de Kong Fu Tseu, la particule Tseu signifiant « maître » ou « sage ». On compte, parmi ses contemporains son disciple Meng-Tseu, Mo-Tseu l’instigateur de la doctrine du Juste Milieu, et Lao-Tseu, l’auteur de La Voie et sa vertu, traduit en français par le philosophe oratorien François Houang.